08 novembre 2009
Intermède : couple 8
06 novembre 2009
120 - Leçons de piano ( 11° partie )
Hélas, il fallut aussi que je fasse un cauchemar. Ce fut atroce car mon sentiment de culpabilité en fut renforcé.
Je frémis encore en évoquant des images que je ne parviens pas à oublier. Rien dans notre relation n’autorisait ainsi mon inconscient à maltraiter mon élan amoureux, à mettre tant d’ardeur à nourrir mon tourment. Je voulus me convaincre que ce n’était qu’une résurgence des mots que j’avais lus quelques jours auparavant, dans ce roman de Marguerite Yourcenar, L’œuvre au noir. Ce passage où le héros, Zénon, tombe dans les mains des suppôts de l’Inquisition et se retrouve en prison. L’acte d’accusation porte alors, entre autres motifs, sur sa prétendue relation avec les « Anges ». C’est un quarteron de jeunes moines novices qui s’étaient offert, en de secrets rendez-vous nocturnes dans une ancienne chapelle du monastère, désaffectée et partiellement en ruine, une sorte de paradis. Au cours de cérémonies proches d’anciens rites païens, ils s’adonnaient aux délices de la chair.
Le geôlier de Zénon, à la langue trop bien pendue, lui raconta avec complaisance et par le menu, le supplice des « Anges », évidemment condamnés au bûcher pour outrage à Dieu.
On sait à quel point la foule est avide du spectacle des horreurs que l’homme peut faire subir à son prochain, souvent au nom d’une croyance en un dieu bon, fraternel et miséricordieux. On l’a vu chez les romains avec le martyre des premiers chrétiens, déchiquetés par les fauves dans des amphithéâtres pleins à craquer. On l’a vu au XVI° siècle dans l’Europe chrétienne avec les bûchers de l’Inquisition, c’est l’époque dont parle L’œuvre au noir. On le voit encore de nos jours lors des châtiments publics, en Iran par exemple, pendaisons, flagellations, amputations.
Pour augmenter l’intérêt du spectacle et porter l’excitation morbide de la foule à son paroxysme, raconta le geôlier, on avait lié l’un des suppliciés au poteau par une longue chaîne. Embrasé, il s’était mis alors à courir en tous sens pour tenter de s’échapper. Jusqu’à ce qu’il s’écroulât, face dans les braises.
Le supplice de Raphaël fut d’une tout autre nature. Je ne le vis pas sur un bûcher en train de se tordre comme un asticot en hurlant sa douleur. Je ne le vis pas se faire mettre en lambeaux par un lion, dans des giclées de sang dignes des films d’horreur les plus gores. Pas non plus se faire fracasser la tête par une batte de baseball comme dans le dernier film de Quentin Tarentino. Il était en prison, dans une de ces prisons qui font comparer notre univers pénitentiaire à celui du tiers monde (voir les rapports de l’OIP, Office International des Prisons). Une prison sinistre où suintaient partout la crasse et le péril. Une prison où les détenus étaient entassés dans des cellules lugubres. Cette promiscuité engendrait des tensions qui électrisaient un air irrespirable, des conflits résolus par la violence, mais aussi de coupables complicités. Dans la cellule de Raphaël, six hommes de tous âges et de toutes corpulences. Dehors l’orage. Malgré la petitesse du fenestron, les éclairs éclairaient le mitard comme jamais. Une chaleur accablante. Les hommes étaient en sueur. Sous pression. Silencieux. Inoccupés. Seul le plus jeune, Raphaël, était en train de lire une BD érotique très appréciée des taulards. Soudain, sans que rien ne parût déclencher l’agression, le plus vigoureux des prisonniers se précipita sur Raphaël. Celui-ci, surpris, tenta de se dégager. Il se débattit tant et si bien qu’il donna un violent coup de tête à son adversaire et lui éclata la lèvre inférieure.
─ « Tu vas me payer ça petit morveux. Je vais t’enculer. » Eructa l’agresseur maculé de sang.
C’est alors que les autres, allumés par ce mot, et par l’odeur du sang alléchés, se souvenant tout à coup de leur sevrage, et de la douleur de leur virilité contenue, s’élancèrent pour prêter main forte à l’attaquant. Ils empoignèrent Raphaël et le transportèrent sur la table où ils lui arrachèrent son débardeur. De plus en plus excités à l’apparition de la peau nue du garçon, ils s’attaquèrent à son pantalon, qui vola par-dessus les têtes. Restait le slip, dont les élastiques ne résistèrent pas longtemps à la poigne et à l’avidité des assaillants. Ils mirent la victime, complètement dénudée, en position sur la table, dos plaqué, jambes levées maintenues écartées, l’horrible séance de viol pouvait commencer. Le grand escogriffe baissa son froc et libéra un dard visiblement au bord de l’apoplexie. Les supplications, les pleurs et les hurlements de douleur de l’objet sexuel semblèrent redoubler l’intensité de sa bestiale jouissance.
─ Au suivant !
L’horreur culmina lorsque je m’aperçus que j’étais le suivant.
Je me réveillais en nage avec le sexe complètement bandé.
Couvert de sueur, je me sentis aussi couvert de honte.
À suivre ...
04 novembre 2009
Intermède automne
Cette fois c'est bien l'automne.
Il pleut, il vente, les feuilles s'envolent et se collent n'importe où.

03 novembre 2009
120 Leçons de piano ( 10° partie )
Bien sûr il apparaissait aussi dans mes rêves.
Tantôt nous étions au paradis, dans un paysage immense à la végétation luxuriante, un peu comme sur ce grand tableau de Nicolas Poussin intitulé Le printemps ou Adam et Eve au Paradis. En l’occurrence j’étais Adam et il était l’ange magnifique, parangon de beauté, et très sexué, je suis catégorique là-dessus, qui venait me faire goûter, non pas au fruit défendu, mais à l’élixir d’amour. Je bus goulûment ce breuvage magique mais, à ma grande surprise, fus aussitôt transformé en serpent. Ce n’était pas un serpent venimeux, plutôt une longue couleuvre langoureuse. Je m’enroulai voluptueusement autour de l’ange, de sa jambe d’abord, puis de sa cuisse, passant ensuite entre ses boules d’amour en les soulevant légèrement, et gagnant ce cheminement naturel, garni d’une pilosité soyeuse, entre les fesses. Je poursuivis mon étreinte autour de sa taille fin et déliée en glissant délicatement sur le doux duvet de son ventre, atteignis les seins, les aisselles et le cou, la belle tête auréolée d’un anneau de tendresse, puis je m’arrêtai aux lèvres sur lesquelles je déposai mon offrande.
Au réveil je paniquai un peu d’avoir été transformé en serpent. N’étais-je pas, en effet, le tentateur malveillant, l’ambassadeur maléfique, l’émissaire pervers qui était chargé de voler, par ce subterfuge, la jeunesse et la virginité de cet ange Raphaël, et de le plonger dans le stupre et la fornication ?
Une autre fois je m’introduisis à l’intérieur de son corps. Non, non, pas de la façon qui te vient à l’esprit et qui se manifeste par une lueur grivoise dans ton regard. Tout entier à l’intérieur. Oui, c’est possible de rentrer complètement dans un corps qui n’est pas le sien, mais sans doute faut-il avoir des affinités particulières avec le corps de l’autre pour réaliser cette prouesse. Cette exploration du dedans, loin d’être oppressante, procure une jouissance permanente.
Je m’étais souvent demandé comment était la beauté vue de l’intérieur, comment était son envers en quelque sorte. Ne pas confondre avec son contraire. Son contraire c’est la laideur, c’est bien connu, et très répandu. Mais de son envers personne n’a jamais parlé et cela reste un mystère. Eh bien je peux révéler que la splendeur de l’intérieur de la beauté est indescriptible tant elle dépasse notre vocabulaire. Rien à voir avec ces vidéos médicales ou ces imageries à résonance magnétique qui vous promènent dans les organes du corps humain, bien que, quelquefois, il y ait de fort belles images. Les appareils qui enregistrent ces images ne sont que des mécaniques dépourvues d’émotions et se sentiments, dépourvues de cœur. Ils ne peuvent avoir ce regard amoureux que j’ai moi. Et ce que je vis fut un enchantement, pour les yeux, mais aussi pour les oreilles car j’entendis une musique sublime, qu’aucun enregistrement, aucune transcription ne pourront jamais restituer, qu’aucune partition ne pourra jamais égaler parce que c’est une musique qui n’utilise aucun des instruments à cordes, à vent, de percussion, ou électroniques connus à ce jour. Elle joue divinement avec les harmoniques des cils vibratoires des muqueuses et elle est directement induite par les muscles du cœur sans passer par les neurones de système nerveux. J’entendis aussi un chant, qui n’était pas celui de la voix humaine, mais dont le timbre et la mélodie m’entraînèrent dans l’éther illuminé de scintillantes étoiles.
Au réveil j’eus l’humeur ensoleillée par cette fascinante découverte et je me sentis débordant d’énergie et d’amour.
À suivre ...
01 novembre 2009
Intermède: couple 7
30 octobre 2009
120 Leçon de piano ( 9° partie )
Voilà. Je ne peux plus revenir en arrière. Nous avons donné libre cours à notre amour. Nous nous sommes dit les mots les plus tendres. Nous nous sommes jetés dans les caresses à en perdre la raison. Nous avons laissé exploser nos cœurs et nos corps, qui avaient tant et tant à se dire…
Pourquoi alors suis-je si désemparé ? A la fois heureux et terriblement tourmenté ?
En fait j’ai un terrible sentiment de culpabilité.
Coupable, je me sens coupable d’amour.
Pourquoi cette culpabilité ? Parce qu’il a seize ans, qu’il est lycéen, que je l’ai laissé s’amouracher de moi, et que je me suis laissé aller à l’aimer, moi, le type professionnellement installé qui a largement passé la trentaine. Où vais-je l’emmener, ce gamin ?
J’ai bien tenté d’étouffer cet amour que je sentais naître en moi. Non, il ne faut pas mentir, je n’ai pas tenté grand-chose. Je devrais plutôt dire que j’en ai été complice. Les considérations morales ont fait long feu face aux assauts incontrôlables des sentiments, et leurs résurgences n’ont été que passagères. Quant aux repoussoirs que j’ai essayé de mettre devant ce corps tant désiré, ils étaient voués à la défaite. Je me suis naïvement mis à me complaire dans les descriptions des alchimies internes de ce corps convoité, dissimulées par cette peau si fraîche et si appétissante. Me les décrire jusqu’au dégoût. N’ai-je pas visionné jusqu’à la nausée les transmutations qui s’opéraient dans son estomac et ses intestins. Tous ces cadavres d’animaux et de végétaux qu’on appelle nourriture, qui, certes, donnent de la matière vivante et de l’énergie, mais se transforment aussi en boue brune malodorante, moulée en cylindres qui sortent en se lovant et fument encore des cuissons subies dans les boyaux. Les officines dirigent l’autre partie de l’inutile des digestions vers la vessie qu’elles remplissent d’un fluide ammoniaqué et nitré, moins puant que la purée postérieure mais néanmoins repoussant. Je passe rapidement sur les autres excrétions du corps peu ragoûtantes, comme la morve et la sueur. Pourquoi faut-il que les régions du corps les plus agréables à fréquenter soient celles où siègent les puanteurs ? Pourquoi les zones les plus érogènes sont-elles celles qui font office d’égouts ?
Rien à faire. J’avais beau inventer les images les plus sordides, les plus répugnantes, convoquer les odeurs les plus vomitives, rien ne parvenait à m’empêcher de désirer cette chair en plein épanouissement. C’était devenu une évidence : j’étais amoureux et je m’interdisais de l’être tout en sachant que je succomberais à cette tentation de l’amour.
Il suffisait que je le voie pour que mes bonnes résolutions fondent comme neige au soleil. D’autant plus que j’avais remarqué que je ne lui étais pas indifférent du tout, et qu’il ne venait pas seulement pour jouer sur mon Steinway et recevoir quelques encouragements. Il s’était établi entre nous une connivence qui allait bien au-delà de l’entraînement musical.
Il suffisait qu’il rentre chez lui pour que je me mette à m’interroger, non sur le bien-fondé de ces leçons de piano, mais sur l’aventure dans laquelle je risquais de le plonger si je donnais libre cours à mes pulsions sentimentales et qu’elles étaient, comme je le pressentais, reçues avec toute la fougue de la jeunesse. Et puis tout simplement je m’apercevais que je ne pouvais pas me passer de ses visites.
À suivre ...
28 octobre 2009
En attendant la suite des "Leçons de piano" :
26 octobre 2009
Intermède : couple 6
24 octobre 2009
Intermède : couple 5
22 octobre 2009
120 Leçons de piano ( 8° partie )
─ Alex
─ Quoi ?
─ Tu sais, ne crois pas que j’aie l’habitude. C’est la première fois. Je sais pas ce qui m’arrive. J’ai toujours envie d’être avec toi. J’ai jamais aimé un garçon, je sais pas ce qui m’arrive. C’est pas pour le sexe, c’est juste pour être dans tes bras. J’ai besoin de toi.
─ Raphaël, mon grand, figure-toi que j’ai su, quand je t’ai rencontré, que j’allais être amoureux de toi. Mais je m’en défendais, je ne m’en donnais pas le droit.
─ Mais pourquoi ?
─ J’ai plus du double de ton âge. Tu dois trouver le bonheur avec des jeunes de ton âge, pas avec un vieux comme moi.
─ Tu rigoles ? La plupart des jeunes de mon âge, je les trouve cons. Je préfère toi, le vieux !
Mais…
─ Quoi ?
─ Il ne faut pas que mes parents sachent. Mon père me tuerait. Il est terrible là-dessus. Il tient des propos qui m’ont déjà pas mal révolté et fait souffrir.
─ Je m’en doute, tel que je le connais ! Tu as raison, il ne doit pas savoir.
─ Tu sais, j’ai hâte de me casser. Ils sont intolérants sur tout.
─ Tu as seize ans, il faudra attendre encore un petit peu. Et puis il faut te dire que c’est leur façon de t’aimer, ils veulent que tu sois comme eux.
─ Jamais ! Je ne serai jamais comme eux.
─ Tu es leur fils unique, ils mettent tous leurs espoirs en toi…
─ Il y a autre chose.
─ Dis-moi.
─ Je n’ai jamais fait l’amour avec un homme, je ne sais pas faire, et ça me fait un peu peur.
─ Ne t’inquiète pas, il n’y a pas à savoir. Quand c’est le cœur qui parle il n’y a qu’à laisser le corps faire ce qu’il veut.
─ Mais…
─ Quoi ?
─ Il paraît qu’au début ça fait mal.
─ Qu’est-ce qui fait mal ? De s’aimer ?
─ Non. Tu vois bien ce que je veux dire… pour être complètement à toi… pour être enculé, quoi. Je ne suis pas sûr d’avoir envie.
─ Mon petit Raphaël, s’aimer, ce n’est sûrement pas se faire mal. Et puis tu ne feras que ce que tu auras envie de faire. C’est toi qui décideras, toujours.
─ Et toi, tu aimes ?
─ Tu verras bien.
─ Justement, je ne sais pas si je saurai que tu aimes ou si je ne cherche que mon propre plaisir.
─ Ne te pose pas toutes ces questions, tout se fait naturellement. Regarde comme ton corps a envie du mien, ça se sent, non ? Et vois comme il aime les caresses. Il les aime autant que moi j’aime lui en donner. Et tu ne veux pas savoir comme le mien a envie du tien ?
─ Si. Je m’en doute déjà parce que je le sens à travers tes vêtements.
─ Alors déshabille-moi.
À suivre ...




