Confidences d'Alex

Chronique de la sexualité du jeune Alex. La sexualité ambigüe de son adolescence, ses inhibitions, ses interrogations, ses rêves, ses fantasmes, ses délires, ses aventures, ses expériences.

02 octobre 2009

120 Leçons de piano ( 2° partie )

Dans le cabinet du dentiste je remarquai, sur le bureau, la photo encadrée d’un garçon. Je voulus être aimable :

─ C’est votre fils ? C’est un beau garçon.
─ Je l’adore, mais si vous saviez le souci qu’il me donne ! Il est en première. Il ne fout rien au lycée, il attend que ça se passe. Je m’arracherais les cheveux s’il m’en restait. Voilà qu’il s’est mis dans la caboche de devenir pianiste. Vous imaginez ça, comme carrière ? Un petit pianiste de province dans un petit orchestre local ? C’est pas une profession, ça, pianiste. Il faut qu’il apprenne un bon métier pour s’en sortir dans la vie. Mais il n’en prend pas le chemin. Rien ne l’intéresse en dehors du piano.
Je vous demanderais bien un petit service…
─ Dites-moi.
─ Vous qui êtes un bon pianiste amateur m’avez-vous dit, ne pourriez-vous pas tester un peu mon rejeton sur votre Steinway, et lui faire comprendre qu’il n’a pas le talent nécessaire ?
─ Je l’accueille avec plaisir, sans préjuger de ses aptitudes.
─ Merci. Je compte sur vous.

Bien sûr il continua à me bonimenter sur la hantise que son fils devienne un crève misère comme il y en avait tant de nos jours, en particulier chez ce qu’on appelle les intermittents du spectacle, des fainéants qui vivent de subsides et surtout de prestations sociales en tous genres que nous autres finançons par nos impôts. Tout cela pendant que j’avais la bouche ouverte emplie de cylindres de coton.

Je donnai un rendez-vous à Raphaël un soir après ses cours. Il vint à vélo, comme il en prendra l’habitude, son père refusant de le laisser rouler en scooter.

─ Wouah ! Il est chouette ce piano !
─ Il a toute une histoire. Peut-être je te raconterai des épisodes. Je crois que les événements de sa vie de piano n’ont fait que l’épanouir. Parfois je le regarde et je me dis qu’il a l’air heureux. C’est idiot, hein ?
─ Non, pas du tout. J’ai aussi des objets auxquels je suis attaché parce qu’ils ont la mémoire de gens qui les ont utilisés, qui les ont aimés, et que je n’ai pas moi-même connus.

Mais ce n’est pas le petit révolté contre son milieu bourgeois auquel je m’attendais, me dis-je !

─ Tu connais les fameux vers de Lamartine :
« Objets inanimés, avez-vous donc une âme,
  Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer. »
Lamartine s’interroge sur la vie intérieure des objets, et toi tu parles de mémoire, c’est exactement ça. L’objet est rempli de souvenirs, il a donc une charge affective.
Il y a un artiste contemporain qui a travaillé là-dessus, c’est Christian Boltanski. Il réfléchit sur la notion de musée. Il dit que lorsqu’on place un objet, quel qu’il soit, dans un musée, il perd sa « mémoire affective ». Je trouve très juste cette remarque d’un objet dévalorisé quand on ne peut y lire ses souvenirs, ses imprégnations affectives. Peut-être en est-il moins beau.

À suivre ...

Posté par zwelthus à 18:00 - Chronique journalière - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"Lorsqu’on place un objet, quel qu’il soit, dans un musée, il perd sa « mémoire affective »." C'est sans compter sur la mémoire affective du lieu qu'est le musée. Par ailleurs, un Rembrandt n'a pas besoin de grand' chose d'autre que lui-même pour être beau. Et puis ce serait injuste de ne pas mettre les œuvres qui en valent la peine dans des musées où ils sont bien plus accessibles que chez de riches mécènes.

Posté par Levko, 02 octobre 2009 à 18:54

Oui tu as raison... mais Boltanski aussi.

Posté par zwelthus, 02 octobre 2009 à 23:53

N'empêche que c'est déjà un calvaire suffisant qu'il y ait des musées trop loin pour qu'on s'y puisse rendre ! Soit dit en passant, il y a des musées pires que d'autre, celui de Nantes par exemple est particulièrement mal conçu, je trouve. Mais par exemple au Louvre je trouve ça pas mal, le cadre a un certain charme aussi, surtout quand on est dans les salles qui n'ont pas été archi-recoupées par de nouvelles cloisons.

Posté par Levko, 03 octobre 2009 à 08:40

J'aime bien les musées qui sont eux-mêmes des objets architecturaux, qui révèlent dans la mise en scène des oeuvres une invention, une créativité, en un mot qui sont des gestes forts.
Parmi ceux que je connais: le Louvre, oui, mais Orsay aussi, et le Centre Pompidou. A Nex York le Guggenheim de Frank Lloyd Wright, à Bilbao le Guggenheim de Frank Gehry. Le musée des Arts Premiers de jean Nouvel aussi...

Posté par zwelthus, 03 octobre 2009 à 22:47

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