30 juillet 2009
117 Gabriel mon amour ( fin )
Sur l’enveloppe : Lettre à remettre à Alex XXXX si je viens à disparaître.
« Mon amour,
Jusqu’à hier j’avais toujours eu de la chance dans ma vie : la chance de naître dans ce pays de France qui est sans doute l’un des plus généreux au monde pour aider chacun à développer ses capacités ; la chance d’avoir des parents unis. La plupart de mes copains de classe ont vécu des séparations familiales et ont été ballottés d’un parent à l’autre. Ils en parlaient très rarement et affectaient le ton de la légèreté pour évoquer cette situation, ce qui signifie qu’ils étaient profondément touchés. J’ai eu des parents unis et aimants. Leur amour était sans doute un peu trop protecteur et envahissant à un âge où l’on se croit grand et responsable, et où l’émancipation, la liberté sont de puissants besoins. Je n’ai peut-être pas été celui qu’ils souhaitaient, mais ils savent que je les porte dans mon cœur. Ces derniers temps je crois leur avoir infligé une très grande déception quand ils ont compris que j’étais amoureux d’un garçon. Ils ont fait ce qu’ils pouvaient pour me détourner de toi, pensant d’ailleurs que nous n’en étions qu’aux prémices. Je ne leur en veux pas, au contraire je leur demande de me pardonner de leur avoir fait de la peine. S’ils m’aiment pour moi et non pour eux, ils doivent comprendre que je suis emporté par une force plus grande que moi, à laquelle je me soumets avec bonheur. J’en arrive à la première motivation de ma lettre : je veux te dire que t’avoir rencontré est la plus merveilleuse chance de ma vie. Tu m’as appris ce qu’était l’amour et tu m’as donné plus que je ne t’ai donné. Je veux que tu saches qu’au moment où je partirai, ce sont les images de notre première rencontre, de cette soirée dans la galerie où tu m’as pris la main, celles aussi de nos corps embrasés ne faisant plus qu’un, que j’appellerai derrière mes paupières closes.
Je veux te dire aussi, et c’est la deuxième motivation de ma lettre, que mon désir le plus ardent est que tu ne sombres pas dans le désespoir et le renoncement. Si l’envie t’est venue, en apprenant ma mort, de venir me rejoindre, je te prie de renoncer à ce projet fou. Tu ne peux me refuser de continuer à vivre à travers toi. Ta douleur passera. Il n’est rien que le temps n’atténue et ne rende tolérable. Tu aimes trop tout ce que tu entreprends, tu aimes trop la vie, tu aimes trop faire l’amour (je te ferais remarquer que je n’ai pas écrit baiser parce que c’est un mot que tu m’as dit détester, un mot qui rabaisse l’homme au rang de l’animal, un mot contraire à ton éthique de la sexualité), tu aimes trop tout cela pour te priver de ces joies. Je veux que tu me promettes de profiter de la vie et de chercher partout le bonheur.
C’est moi maintenant l’aîné qui veillerai sur toi, qui te guiderai comme peut le faire un ange gardien, et je te promets que ce ne sera pas triste.
J’ai maintenant toute l’éternité pour t’embrasser.
Ton ti Gab
29 juillet 2009
Demain
Demain, sauf empêchement ou incident technique, sera publiée la dernière partie de l'épisode Gabriel mon amour.
A demain.
28 juillet 2009
Don't be stupid (fin)
En espérant que je me suis bien fait comprendre.
27 juillet 2009
117 Gabriel mon amour ( fin de la 7° partie )
« Je pensai, bien sûr, à cette île à l’ouest de la Mer Noire, qui s’appelait Leucé (la blanche) dans l’antiquité. Cette île mythique, je l’avais redécouverte en lisant le roman historique de Marguerite Yourcenar « Mémoires d’Hadrien ». Il s’agissait d’une lettre adressé par Arrien, gouverneur de Cappadoce aux frontières de l’Empire Romain, à son empereur Hadrien :
« Sur la rive septentrionale de cette mer inhospitalière, nous avons touché une petite île bien grande dans la fable : l’île d’Achille. Tu le sais : Thétis passe pour avoir fait élever son fils sur cet îlot perdu dans les brumes ; elle montait du fond de la mer et venait chaque soir converser sur la plage avec son enfant. L’île, inhabitée aujourd’hui, ne nourrit plus que des chèvres. Elle contient un temple d’Achille. Les mouettes, les goélands, les long-courriers, tous les oiseaux de mer la fréquentent, et le battement de leurs ailes tout imprégnées d’humidité marine, rafraîchit continuellement le parvis du sanctuaire. Mais cette île d’Achille, comme il convient, est aussi l’île de Patrocle, et les innombrables ex-voto qui décorent les parois du temple sont dédiés tantôt à Achille, tantôt à son ami, car, bien entendu, ceux qui aiment Achille chérissent et vénèrent la mémoire de Patrocle. Achille lui-même apparaît en songe aux navigateurs qui visitent ces parages : il les protège et les avertit des dangers de la mer, comme le font d’ailleurs les Dioscures. Et l’ombre de Patrocle apparaît aux côtés d’Achille. »
Certes, nous n’aurons pas besoin de temple, ni de vénérations, être ensemble suffira à notre bonheur dans le royaume des âmes. Nos échanges avec le monde des vivants se feront par le truchement de ces grands oiseaux des mers, messagers d’un amour à étendre sur le monde. Cependant il nous faudra une autre île que celle d’Achille. Elle est restée le lieu d’un culte pendant plusieurs siècles, puis a sombré dans l’oubli. Je ne sais depuis quand elle s’appelle l’île aux serpents, parce que d’énormes couleuvres sacrées, inoffensives, l’habitaient. Elle a été annexée par l’URSS. Les Russes ont massacré tout ce qui restait de vénérable. Ils ont tué les couleuvres sacrées, et les rats se sont mis à pulluler sur l’îlot. Les traitements intensifs de dératisation ont pollué cette petite parcelle de nature encore vierge. Mais une autre pollution a endeuillé la mémoire des amants : les Russes l’ont transformée en base militaire de surveillance aérienne et maritime. Elle fait l’objet, actuellement, d’un litige entre l’Ukraine et la Roumanie, qui la revendiquent toutes les deux.
Je voulais pour nous une île toute petite, trop petite pour que l’homme puisse y déposer les scories de son activisme destructeur.
Je délirai ainsi en laissant aller mon désespoir jusqu’à la grandiloquence. Mais je savais très bien que je serais incapable de commettre le geste ultime pour aller le rejoindre dans l’autre monde. En maintes occasions j’avais pu vérifier mon manque de courage, ma lâcheté. Et puis cet autre monde était une hypothèse particulièrement hasardeuse, peut-être un mirage de l’imagination, un leurre métaphysique, une chausse-trappe pour homo sapiens, un piège à cons.
Mais surtout il y avait cette lettre qu’on daigna me remettre parce que c’était une de ses dernières volontés. A chaque lecture elle me vide de toutes les larmes que mon corps peut produire. Je la garde précieusement, comme un trésor. C’est la plus belle lettre d’amour que j’aie jamais lue. Cette lettre, la voici :
À suivre ...
25 juillet 2009
Don't be stupid (suite)
24 juillet 2009
Don't be stupid
C'est une pub.
Intelligente, celle-là.
23 juillet 2009
117 Gabriel mon amour ( 7° partie )
« Je n’avais pas osé lui montrer, quand il était venu chez moi une première fois pour m’emprunter un DVD, le mur de mon petit bureau entièrement recouvert de photos en noir et blanc d’hommes nus, dans des cadres bord à bord tous identiques gris, un peu à la manière des installations de l’artiste américain Allan Mac Collom. C’était m’exposer à un rejet de la part de ce garçon dont je ne connaissais rien. J’avais attendu que notre relation fut devenue plus intime pour lui dévoiler cette fantaisie très significative.
l avait paru un peu étonné et m’avait demandé, mi-incrédule mi-inquiet :
Ce sont les photos de tes amants ?
C’est très flatteur. Tu me prends pour un séducteur ? Comment peux-tu imaginer que j’aie rencontré intimement tous ces superbes mecs ? Non, la réalité est tout autre, et je vais te faire une confidence : je n’ai connu que quelques garçons. Je vais te faire une autre confidence : tu es le plus beau.
Déconne pas, je ne suis même pas beau.
Beau, intelligent et sensible.
Arrête, tu te fous de ma gueule.
C’est pourtant comme ça que je te connais.
Je l’avais attiré à moi, nous nous étions embrassés, et s’en était suivie une scène d’amour comme nous en avions le secret.
Mais voilà, l’impensable, l’inimaginable, l’insoutenable était arrivé : Gabriel n’avait pas survécu à l’invasion meurtrière de sa moelle épinière par les cellules cancéreuses.
J’ai fait disparaître ces photos de mon petit bureau. Je les ai remplacées par un immense tirage photographique de son visage aux dimensions du mur.
Ce fut une grave erreur. Je croyais immortaliser son souvenir mais je ne pus pas supporter ces yeux qui ne me regardaient plus, souriant à des anges qui m’étaient invisibles ; ces lèvres qui ne m’embrassaient plus, enfermaient des secrets qui n’étaient plus les nôtres ; ce nez qui ne respirait plus mon odeur ; ces cheveux que je ne pouvais plus ébouriffer. Cette photo m’amena au bord du gouffre, là où il suffit de faire un pas de plus pour disparaître.
J’avais voulu exprimer, par le gigantisme de la photo, les proportions de mon amour. J’avais cru, avec naïveté, et dans la limite de mes moyens, imiter symboliquement le culte rendu par l’empereur Hadrien à son cher Antinoüs quand celui-ci fut retrouvé mort dans les boues du Nil, en Egypte. Hadrien ne s’est pas donné la mort, bien que son chagrin fût immense, et bien qu’il fût vraisemblablement en partie la cause du suicide d’Antinoüs.
Achille non plus ne s’est pas donné la mort quand il perdit son bien aimé Patrocle, tué au combat par Hector. Mais Achille, homme d’honneur s’il en fut, avait à venger son jeune compagnon. Il reprit les armes et tua le Troyen Hector. Quel ennemi pouvais-je combattre pour venger Gabriel, mon amant chéri, d’une aussi barbare et funeste agression de la maladie ? Les moulins à vent du sort ? Les aéronefs de la fatalité, les sous-marins du destin ? Les émissaires d’un dieu dont on dit qu’il n’est qu’amour et bonté ? Les envoyés d’un diable qui régit tous les maux ?
Je rêvai d’une île déserte où nos cendres seraient réunies et où seuls les grands oiseaux marins seraient témoins de notre amour au-delà de la vie. »
À suivre ...
22 juillet 2009
Ô, rage !
Alors que je ne lui avais rien fait, Zeus en personne s'est acharné sur l'innocent petit écrin qui me relie au monde entier et m'a privé pendant une semaine de toutes mes relations hertziennes.
Le cours des confidences d'Alex reprendra demain.
16 juillet 2009
117 Gabriel mon amour ( 6° partie )
« Adieu sombres pensées, au large mots inutiles, il n’y a plus qu’un seul langage, il n’y a plus qu’à laisser parler les corps.
Ah, le bonheur du déshabillage de l’autre ! Je l’apprécie d’autant plus qu’il est lent et progressif. Jamais de précipitation, de hâte brutale, encore moins d’arrachage des vêtements. Savourer cet instant en sachant retenir les forces instinctives du désir, les pulsions bestiales, plutôt que d’aller droit au but et de laisser sur le champ s’épuiser la nature. Quelle sensualité dans le dévoilement progressif ! Les sollicitations prolongées du désir ne font-elles pas jouir plus longtemps de l’excitation voluptueuse des sens ?
C’est ainsi que je m’appliquai à dévêtir Gabriel en le préparant doucement à une première expérience. Je voulus plusieurs phases à cette séquence, enveloppées de douces caresses et de longs baisers afin de ne pas effaroucher mon jeune partenaire, de lui donner le temps de goûter aux plaisirs de ces prémices, et de faire disparaître les traces des inhibitions et des appréhensions qui n’avaient pas manqué de l’habiter avant de franchir ce grand pas.
Il y a de la beauté dans certains mouvements qui libèrent le corps des vêtements. Dans la remontée d’un t-shirt par exemple, qui fait apparaître le nombril, les flancs, les palpitations du ventre, le bouton des seins alors que les bras se lèvent pour laisser glisser sur la peau ce bout de tissu, l’humidité nichée au creux de la pilosité des aisselles quand la tête disparaît pour mieux réapparaître légèrement ébouriffée.
Le contact des peaux !
Cet échange déjà si intime, tous les récepteurs éveillés transformant en volupté chaque sensation charnelle, ne pouvait que conduire à rechercher d’autres sensations plus sublimes encore.
Quand les ventres se joignent et que les sexes dressés se glissent l’un contre l’autre, ils se transmettent l’un à l’autre leurs irrésistibles aspirations tandis qu’une main douce et agile dessine les muscles du dos, descend flatter les reins, et parcourt avec avidité les belles rondeurs dont le créateur, en parfait connaisseur, a harmonieusement doté le corps de l’homme. Les doigts de cette main auront-il l’audace de pousser plus avant l’exploration en s’aventurant dans cette vallée parée d’un noir velours aux abords d’une porte assez secrète dont il faut demander avec tact et délicatesse la permission de l’ouvrir ?
Je laissai à mon compagnon le soin de m’inviter à entrer chez lui, une autre fois sans doute, lorsque la familiarité, l’harmonie des corps, la confiance réciproque et l’attachement des cœurs appelleront cette apogée. Pour l’heure, puisse-t-elle durer une éternité, il y avait suffisamment de réjouissances avec un sexe épanoui et manifestement heureux des attentions qui lui étaient portées.
J’avais conduit mon ami à prendre des initiatives qui au début furent très timides, puis devinrent un peu plus hardies.
Il fallut, beaucoup trop tôt, séparer ces corps faits l’un pour l’autre, certes libérés des pressions presque douloureuses de la virilité contenue, mais néanmoins restés sur leur faim, et les remettre dans la banalité de la vie quotidienne, dans l’attente fébrile d’une prochaine fête. »
Note de l’auteur : il ne sera pas dit, cette fois, que je me suis dérobé à la description de l’acte d’amour, à ma façon bien sûr, faîte de circonlocutions évitant les écueils d’une vulgarité qui s’affiche avec ostentation chez certains écrivains comme Houellebecq par exemple.
À suivre ...
15 juillet 2009
Militaires à la baignade ( fin )
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