05 septembre 2008
108 Classé X ( 3° partie )
Etait-ce cette vie de couple ordinaire qui avait laminé son amour ? La routine déjà ? L’absence apparente du risque de voir l’autre s’échapper ? La sensation d’appartenir à l’autre ?
A cette erreur de vivre ensemble s’était ajoutée celle de multiplier les signes et les manifestations d’amour. Qu’est-ce qui m’a pris de lui préparer son petit déjeuner et de lui apporter au lit ? Et pas avec n’importe quel thé, du thé vert à l’opéra de chez Mariage, parce que le thé noir colore les dents. Chochotte ! Jamais je n’aurais dû me laisser aller à le dorloter comme une gonzesse. Et des petits noms tendres par-ci, et des attentions par là. L’autre ne lui passe aucun caprice, lui donne des ordres, sait se faire respecter.
Peut-être qu’il m’en veut de m’être trop occupé de lui, qu’il me méprise un peu d’avoir fait l’infirmier pendant sa convalescence. Il n’est pas rare que ceux que tu sors d’un mauvais pas fassent une croix sur tout ce qui leur rappelle un état d’infériorité.
Je comprends tout à coup, j’ai été un peu couillon. J’aurais dû être plus réservé parfois, plus distant, le laisser douter, juste ce qu’il faut pour aiguiser un peu sa jalousie. J’aurais dû lui laisser entendre que j’aimais les garçons bien virils. Viril n’appelant pas aussitôt l’image de l’érection. Que des compliments à lui faire au sujet de ce fameux « membre viril », si prompt à répondre à la moindre sollicitation, et même à anticiper la sollicitation, et encore mieux, à la provoquer. Je veux parler du caractère viril, la volonté, la persévérance, l’énergie, la résolution, l’action, … tout ce que je considère, à tort ou à raison, comme des vertus masculines. La tendresse en plus. J’aurais dû lui laisser comprendre que j’avais un faible pour les garçons qui se prennent en charge, qui luttent pour s’en sortir, qui ne comptent pas sur l’assistanat, qui ont en eux une force qui les pousse à la réussite de leurs projets. Oh, de temps en temps il faisait bien le viril, mais ça ne durait pas, c’était plus fort que lui, sa nature indolente reprenait vite le dessus. C’était un faible, voilà tout. Et moi j’étais trop gentil, je le comprenais, je lui pardonnais. Quelquefois, quand il exagérait vraiment, je faisais mine de me fâcher, mais tout de suite après je venais quasiment lui demander pardon. Et la plupart du temps je ponctuais l’incident par un cadeau. J’ai montré une indulgence coupable à l’égard de sa léthargie, de son manque de courage, de son fatalisme.
Mais qu’ai-je besoin de me culpabiliser ? New York, il ne faut pas l’oublier. Je ne suis pas de taille à lutter contre New York.
Depuis quand préparait-il son départ pour rejoindre New York ? Depuis quand étais-je cocu ? Et d’abord, comment l’avait-il rencontré, New York ?
A toutes ces questions je n’aurai jamais de réponse. Je ne veux pas avoir de réponse, d’ailleurs.
Faire quelque chose. N’importe quoi mais faire quelque chose. Non, pas n’importe quoi, me distraire. Mais d’abord manger. On est toujours mieux l’estomac plein. Elles sont superbes ces langoustines. Je voulais lui faire une petite surprise, il adore les langoustines. Avec une bonne bouteille de bourgogne blanc, je vais me faire un petit festin, Ce Pouilly-Fuissé de 1995 fera très bien l’affaire. Hum ! Je vais me régaler.
Après je me ferai un ciné. Au multiplex il y aura forcément un thriller ou un policier. C’est ce qu’il me faut. Tant pis si ce n’est pas un grand cru.
Ensuite, avec l’aide d’une petite pilule, une bonne nuit.
À suivre ...
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